Pour faire le plan de travail d'un tournage, on part du scénario dépouillé séquence par séquence, on estime le temps que demande chacune, puis on les répartit en journées selon les décors, les disponibilités des comédiens et les règles de temps de travail. Le premier assistant réalisateur le construit et le fait valider par le réalisateur et le directeur de production ; il évolue ensuite par versions numérotées.
Qu'est-ce qu'un plan de travail de tournage ?
Le plan de travail dit, pour chaque journée de tournage, quelles séquences seront tournées, dans quel décor et avec quels comédiens. Il range le scénario dans l'ordre où le film se fabrique.
Toute la production s'en sert :
- le directeur de production y trouve le nombre de jours qui fonde le devis du film ;
- la régie, les décors à réserver et les déplacements ;
- les chefs de poste, les journées lourdes pour leur département ;
- les comédiens et leurs agents, leurs jours de présence.
La feuille de service de chaque journée en découle. Le plan de travail se présente sous deux formes : la liste jour par jour et le tableau croisé, avec une colonne par journée et une ligne par rôle, véhicule ou effet.
Qui fait le plan de travail, et quand ?
Le plan de travail revient au premier assistant réalisateur, pendant la préparation. Comme le décrit le CNC dans son portrait du métier, il dépouille d'abord le scénario et fait une étude de faisabilité, puis confronte ce premier jet aux disponibilités des techniciens, des comédiens et des décors. Le même article compte au moins dix jours pour le dépouillement et le premier jet.
Le directeur de production intervient tôt : le nombre de journées pèse sur le budget, et c'est souvent lui qui tranche entre une journée de plus et une séquence simplifiée. Le réalisateur vérifie que l'ordre retenu laisse le temps aux scènes difficiles.
Comment faire un plan de travail, étape par étape
- Dépouillez le scénario. Pour chaque séquence, notez l'intérieur ou l'extérieur, l'effet (jour, nuit, aube), le décor, la longueur en pages, les rôles, les silhouettes, la figuration, les véhicules, les animaux, les cascades et les effets spéciaux. La méthode est détaillée dans notre guide du dépouillement.
- Estimez la durée de chaque séquence. La longueur en pages ne suffit pas. Le CNC cite une scène d'intérieur à deux comédiens, trois pages de dialogue, tournée en quatre heures. Le découpage et le nombre de caméras font varier l'estimation.
- Listez les contraintes fixes. Disponibilités des comédiens, dates d'accès aux décors, autorisations de tournage, matériel loué pour peu de jours, saison et heures de lumière, présence d'enfants.
- Regroupez par décor. Un changement de décor coûte une installation, parfois le déplacement de toute l'équipe : on tourne d'un bloc ce qui se passe au même endroit, sauf raison contraire.
- Resserrez les jours des comédiens. À décor égal, rapprochez les séquences d'un même rôle pour ne pas faire revenir un comédien pour une seule scène.
- Composez les journées. Remplissez chacune d'après les estimations, gardez une marge, puis vérifiez les horaires, les repos et les trajets.
- Faites valider. Présentez le plan au réalisateur et au directeur de production, puis aux chefs de poste, qui signalent ce qu'ils ne peuvent pas tenir.
- Diffusez une version datée et numérotée. Chacun doit savoir sur quelle version il travaille.
Dans quel ordre tourner les séquences ?
Le décor fixe l'ordre général. D'autres critères affinent ensuite la semaine et la journée.
- Le jour et la nuit. Après une nuit de tournage, le repos entre deux journées empêche de reprendre tôt le lendemain. On groupe les nuits en bloc, de préférence avant un jour de repos.
- La météo. Un extérieur exposé demande une solution de repli : une séquence d'intérieur prête à tourner le même jour, dans un décor proche, si possible avec les mêmes comédiens.
- La lumière. Une scène écrite à l'aube ou au crépuscule ne se tourne que pendant cette lumière. Elle se cale en début ou en fin de journée, avec un plan de secours.
- La continuité. Une coupe de cheveux, une blessure ou un costume qui s'abîme imposent un ordre : on tourne d'abord ce qui se passe avant la transformation.
- Les journées lourdes. Cascades, effets spéciaux et grosse figuration se placent rarement le premier jour, et appellent de la marge.
- Les enfants. Leurs scènes se construisent autour des horaires que fixe leur autorisation d'emploi.
Quelles règles de temps de travail vérifier ?
Le plan de travail doit respecter le Code du travail et la convention collective du film. En droit commun, un salarié a droit à au moins onze heures consécutives de repos entre deux journées ; un accord collectif peut réduire ce repos pour certaines activités, sans descendre sous neuf heures (service-public.gouv.fr, repos quotidien). Le repos hebdomadaire compte au moins vingt-quatre heures consécutives, auxquelles s'ajoutent les onze heures du repos quotidien (service-public.gouv.fr, repos hebdomadaire).
Les conventions du secteur aménagent ces règles : celle de la production cinématographique (IDCC 3097) pour les longs métrages, les courts métrages et les films publicitaires, celle de la production audiovisuelle (IDCC 2642) pour les programmes audiovisuels. Durées maximales, travail de nuit et heures supplémentaires se vérifient dans le texte en vigueur avant de figer les horaires, avec l'administration de production.
Pour un enfant de moins de seize ans, l'emploi demande une autorisation préalable du préfet, après avis de la commission départementale ; le préfet dispose d'un mois après réception du dossier complet pour répondre (DREETS Normandie). Les jours de tournage de l'enfant se fixent donc assez tôt pour déposer le dossier à temps.
Quel modèle de plan de travail utiliser ?
Un modèle de plan de travail tient en quelques colonnes. Voici la base d'une liste jour par jour :
| Journée | Décor | Séquences | Int./Ext., effet | Pages | Rôles | Particularités |
|---|---|---|---|---|---|---|
| J1, lundi | Studio Confluence | 12, 14, 31 | Int., jour | 4 | 1, 2 | Pluie à la fenêtre |
| J2, mardi | Chez Marcel | 5, 6 | Ext., jour | 2,5 | 1, 3, 5 | 20 figurants, repli : séq. 40 |
Le tableau croisé reprend les journées en colonnes, rangées par semaine, et les éléments du dépouillement en lignes : rôles numérotés, silhouettes, figuration, véhicules de jeu, équipements spéciaux, effets spéciaux. Une croix marque un jour de présence ; pour la figuration, on écrit le nombre de personnes. On y voit d'un coup d'œil qu'un comédien est appelé trois jours éloignés, ou qu'une grue revient deux fois. Un tableur suffit pour un court métrage ; sur plusieurs semaines, le plan doit suivre le dépouillement sans recopie.
Comment mettre à jour le plan de travail pendant le tournage ?
Un comédien tombe malade, un décor ferme, une journée prend du retard : le plan change. Quelques habitudes évitent la confusion.
- Numérotez et datez chaque version. Une seule fait foi à un moment donné.
- Dites ce qui change : journées déplacées, séquences ajoutées ou retirées, personnes concernées.
- Prévenez d'abord ceux qui sont touchés, comédiens, propriétaires de décors, loueurs et régie ; le reste de l'équipe lira la nouvelle version.
- Replacez les séquences non tournées dès le soir, avec le directeur de production, plutôt que de repousser le retard sur la dernière semaine.
- Gardez les anciennes versions, qui permettent de retracer chaque décision.
Faire le plan de travail avec Bijout'N'Go
Dans Bijout'N'Go, le plan de travail part du scénario : vous l'importez (PDF, Final Draft, Word, Fountain ou texte) et notez dans le dépouillement du scénario ce que chaque séquence demande. Les séquences se placent ensuite sur les journées ; celles qui n'y sont pas encore sont signalées.
Dans le plan de travail, les journées se créent une par une ou plusieurs à la fois, en brouillon. Chaque journée se compose en moments, tournages et pauses, décor par décor, et ses horaires s'en déduisent ; elle a son fuseau horaire. Les versions V0, V1, V2 se gèrent dans la même page : une seule est active, et quand une autre le devient, chaque convoqué n'est prévenu qu'une fois. Le plan de travail et le dépouillement s'exportent en Excel ou en PDF.
Du plan validé aux convocations
Une journée se publie en deux temps. Publiée, elle entre dans l'agenda des convoqués et dans le calendrier du projet, qui en déduit la période de tournage. Les convocations partent ensuite, par département et par poste : chacun reçoit son heure et répond « J'y serai » ou « J'ai un problème ». Une personne convoquée sans compte reçoit sa convocation par e-mail.
La fiche de chaque décor porte ses disponibilités, et une journée prévue hors de ces périodes est signalée. Le jour venu, chacun retrouve sa convocation, le déroulé, l'équipe et le décor dans la page de la journée de tournage. Le plan de travail est inclus dans chaque projet ; les conditions sont sur la page des tarifs.